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NUMÉRO UN / Le Feu
Octobre 2018

Jean Cocteau, Clair-obscur, 1954

Appel à contribution :

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Feu : du moyen français feu, de l’ancien français fou, du latin focus. D’un âge encore discuté et d’une origine qui varie selon les écoles ; miracle de silex ou foudre dérobée aux dieux de l’olympe. Il est la source vive des fontaines de jouvence, le soleil intérieur, l’étincelle amarante. Il est l’apanage de phénomènes naturels ; tornades ardentes, fusions gazeuses et coulées volcaniques. Mais il est toujours le spectacle d’une réaction spontanée; c’est un mystère aussi épais que les vagues et les vents. Il est donc artifice et témoin dionysiaque; il est l’objet de l’art, la main de l’artiste et l’instrument de tout artisanat. C’est que l’homme a domestiqué sa fougue et conquis ses pouvoirs. Il est une évidence scientifique: il est combustibles, comburants et radicaux libres. Il est également l’un des quatre éléments avec lesquels il entretient des relations chimiques. Il est majestueux dans l’air, qui est sa condition, intranquille avec l’eau qui boue à sa surface et coriace à la terre dont il se met aux poudres. Il est la figure des transfigurations; rien ne s’y perd, rien ne s’y crée, tout s’y transforme. Il est donc le symbole de l’amour et de la passion, du diable et du danger. Il est tempérament: on naît de son épreuve ou de son baptême. Il est ainsi sacré quand il nous anime et sa présence invoque tour à tour nos démons et déesses. Il a l’allure insolente et le charme ambivalent. Il peut consumer. Il sait purifier. Il est ardent de joie.

Il est aussi l’enfer du châtiment et du supplice doré. On crie à lui. On le crache. On le lance. Il est l’envers des chatoiements et gazs auréolés. Il est souffle vital : inspirations, expirations. Crépitements. Il est volage, sépulcral et follet. Pas de magie sans âme, pas de fumée sans lui. C’est une source intarissable de chaleur et d’intimité. Qu’il soit de camp, de paille ou de tout bois, on aime à manger à sa flamme et se blottir à son coin. Il sait guérir. Il sait réconforter. On l’utilise pour cautériser les plaies ou marquer de son sceau. Car est toujours l’instrument d’une alchimie païenne; fièvres, ferveurs, rêves brûlants, médecines douces et transes tropicales. Il est un objet de culte ou de fascination. On contemple ses éclats, on assiste à ses éruptions. Il est grégeois à l’abordage et de bengale au carnaval. C’est un fanal en trombes, un faste vénéneux, un relais olympique. Il faut le porter haut, le descendre aux flambeaux et veiller chaque nuit son ardeur électrique. Il ne faut jamais mépriser ses effets. Il est aride et météore. Parfois timide, maîtrisé. Parfois des lampes ou bien des projecteurs. C’est un jeu tendre et dangereux. Un doux poison, un antidote. Il se chasse en prose, se vole avec des vers et s’abandonne encheminé. C’est un souvenir des
astres et des temps incertains. On le couvre à l’heure dite: on dit extinction.