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Sérotonine – Michel Houellebcq

SÉROTONINE – MICHEL HOUELLEBECQ – Roman – 2019 – France

Pour qui apprécie l’œuvre de Houellebecq, Sérotonine devait figurer en bonne place parmi les livres à lire en ce début d’année. Les critiques ont été nombreuses et la nécessité de rajouter quelques lignes aux milliers déjà écrites peut sembler navrante, mais c’est bien là le principe.

Navrant, c’est peut-être Houellebecq qui l’est aussi en premier chef. L’énergumène est connu, il a ses marottes et ses manies cochonnes, Sérotonine n’en est pas dépourvue. L’amour, le bonheur, la sexualité, l’effondrement de la civilisation occidentale, Houellebecq demeure fidèle à lui-même… A ce titre, Soumission – son précédent roman – avait au moins la saveur d’une fable politique où éclatait l’acuité remarquable de l’auteur à saisir l’Histoire en train de se faire. Il y défendait l’idée d’une société où le religieux venait se placer au-dessus du politique ; ordre verticale absolument indispensable pour assurer le bien commun et la transcendance. Avec force et originalité, il formulait une réponse au monde libéral et libertaire au sein duquel nos vies sont privées de sens.

Dans Sérotonine au contraire, et allant contre son intuition dernière, Houellebecq assiste et décrit la chute de l’Occident avec le plus parfait calme ou plutôt avec la détermination froide de celui qui, à grand renfort d’alcool et de médicaments, veut plonger et s’anéantir avec un monde dégringolant qui ne lui convient pas.

Ce monde, c’est celui d’une France qui piétine ses traditions, qui vandalise ses villes et anéanti ses campagnes au bord de la révolte comme de la faillite. Ce monde c’est aussi celui des échecs, de l’amour comme des idéaux de jeunesses où la dissolution du lien social est achevée et la victoire des super structures supra étatiques totale. C’est un monde où les égoïsmes individuels ont triomphé avec le constat évident que le bonheur est mort. Cette théorie, ressassée bien qu’irréfutable, est incarnée par Houellebecq et son double romanesque, Florent-Claude Labrouste.

Ainsi, tout au long du roman, l’homme qui s’est fait double, vagabonde. Puisque la sexualité comme la société sont décadentes, son personnage se coupe de l’un comme de l’autre, sillonnant la campagne et se shootant aux cachetons et au calva. Les femmes qui ne méritent d’être aimés que dans la mesure où elles servent ses désirs sont jugées à l’aune de leur inconséquence. L’athéisme est douloureux mais il est accepté sans révolte. Les événements dramatiques suivent leur cours mais s’y opposer est vain car l’Histoire est inéluctable. Sans aspiration, l’homme n’a plus qu’à végéter sans but et sans volonté ; au moins le désespoir se tient à un seuil tolérable.

Voilà l’idée de Houellebecq, témoin parfait de cet égoïsme et de cette abdication, qui, il faut bien le dire, n’est néanmoins absolument pas dépourvu de discernement et de prescience. Pour Houellebecq, on ne s’oppose pas à l’effondrement du monde, on le décrit. Est-ce le choix de la lâcheté ou de la plus parfaite lucidité ? Chacun se fera son opinion. Pour notre part, nous pensons que cet écrivain, terriblement de son époque, est tout à la fois un cancer symptomatique et l’artisan efficace de cette destruction en cours.

De là à crier au génie… Nous nous en abstiendrons pour cette fois.

 

Critique écrite par Martin Valette.

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