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Le Désespéré, Léon Bloy

LE DÉSEPÉRÉ – LÉON BLOY – Roman – 1887 – France

Léon Bloy fut ce chevalier du XIXème siècle, à l’âme purement catholique, à l’intransigeance légendaire, à la violence souveraine. A ce titre, lire Le Désespéré relève de l’épreuve ; traversée du désert dans laquelle éclate la solitude, de l’auteur comme du lecteur.

La solitude de Bloy s’explique : il « fait des livres qui vivront mais qui ne me font pas vivre ». Ainsi le pamphlétaire magnifique franchira le monde en clochard exalté, guerrier infatigable que jamais rien ne corrompra, refusant catégoriquement de transiger avec le principe qu’il s’est fixé : celui d’être un écrivain, celui donc de dire la Vérité.

La solitude du lecteur vient en revanche de la marée engloutissant son cœur, petit organe maltraité par les assauts répétés de l’auteur qui nous plante devant le visage le miroir de notre propre vacuité et du néant que représente une vie servile et molle, aux petites flammes comme aux petites passions. Comme il est dur d’être fort…

Et la force de Bloy tient tout autant à la rigueur de sa morale qu’à son style polémique étincelant ; un style Cathédrale, gothique et inspiré. Flamboyant ! Les mots se déchaînent avec rage dans ce roman aux arrêtes rocailleuses et au style complexe et redondant. Ereintant parce qu’il est de granit, c’est un glaive littéraire qui exhorte chacun à se forger une âme de feu ! Car il est bien question d’âme dans ce roman… Cette âme qui devrait être l’unique souci humain !

Au fil de ce roman pamphlet à forte tendance autobiographique, Léon Bloy grimé en Caïn Marchenoir va constater avec douleur que Dieu n’a pas tenu sa promesse, celle de tous nous sauver. Alors que la ruine du monde s’affiche totale et le silence du Ciel irrémédiable, une liaison mystique avec Véronique, une putain repentie, va peut-être sauver Marchenoir qui trouvera en cette martyre une possibilité de salut… Puisque l’Amour existe, l’espérance est permise.

Ce sera sans compter sur les hommes politiques, les pseudos intellectuels, les journalistes et autres boutiquiers de tous crins qui grouillent en mille coins, ignoblement affairés à leur petite tambouille de cafards. Ces porcs détruisent avec hargne et vigueur tout ce que l’univers compte de Beau, de Sublime et de Sacré. Suintant de toutes les fentes terrestres en fossoyeurs du monde, ils bradent, vandalisent, corrompent et prostituent tout !

Si les envolées spirituelles de Bloy/Marchenoir déchirent parfois le voile de ténèbres qui menace de tout recouvrir, il semble certain qu’une révolution contre la Médiocrité s’avèrera impossible tant elle trône désormais comme la plus impériale et la plus ultime des idoles. La nuit sera longue au royaume des lâches et des aveugles ; Bloy le mesure douloureusement. C’est pourquoi, en pèlerin de l’absolu, il erre, éternellement insatisfait… Définitivement désespéré.

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